Pour échapper à la guerre,
ils prennent la mer. Face à eux, Djibouti. Derrière eux, un Yémen à nouveau
plongé dans la guerre. Et entre les deux, Bab el-Mandeb, l’un des passages
maritimes les plus stratégiques du monde
Sur la côte djiboutienne, à
Obock, plusieurs familles yéménites traversent le Bab el-Mandeb pour échapper à
l’escalade des combats. Plus de 2 000 personnes sont déjà arrivées à Djibouti,
selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM)
Cet exode donne une nouvelle
dimension à une guerre qui dure déjà depuis plus d’une décennie. Il ne s’agit
plus seulement de populations déplacées, mais d’une crise qui s’étend désormais
vers l’autre rive de la mer Rouge
À Taëz et Lahj, les déplacements se multiplient. Dans le district de Jabal Habashy, à Taëz, 18 840 personnes ont fui leur foyer. À Al-Mudharibah, à Lahj, plus de 16 000 autres ont été déplacées. Au total, l’OIM recense plus de 85 000 déplacés dans cette nouvelle vague de combats
Derrière ces chiffres, l’ONU décrit des familles parfois déplacées pour la deuxième ou la troisième fois. Routes difficiles d’accès, communications perturbées et accès humanitaire compliqué : pour ceux qui ont déjà tout perdu, la mer devient la dernière issue
Djibouti, l’autre rive de la
guerre
Pour Djibouti, la tâche
devient lourde. Le pays doit accueillir, nourrir et soigner des milliers de
personnes supplémentaires alors que ses capacités sont déjà sollicitées
Mais sa vulnérabilité ne
s’arrête pas là
À quelques dizaines de
kilomètres de ses côtes se trouve Bab el-Mandeb. Ce détroit, qui relie le golfe
d’Aden à la mer Rouge et ouvre la voie vers le canal de Suez, constitue un
passage crucial entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe
La géographie qui fait de
Djibouti un territoire clé le place aussi aux premières loges face aux
conséquences de l’instabilité yéménite
Le détroit comme levier de
pression
Pour les Houthis, le Bab
el-Mandeb représente bien plus qu’une frontière maritime
Pour le mouvement, cette
route maritime stratégique constitue un levier de pression régional, alors
qu’il cherche à consolider son emprise sur l’ouest du Yémen et à renforcer son
poids dans les négociations concernant l’avenir politique du pays
Mais une question se pose :
qu’est-ce qui inquiète précisément Djibouti
La détérioration de la
sécurité autour du détroit pourrait affecter la navigation commerciale.
D’ailleurs, les précédentes attaques contre les navires en mer Rouge avaient
déjà poussé de nombreuses compagnies à contourner l’Afrique par le cap de
Bonne-Espérance, rallongeant les trajets et renchérissant les coûts du
transport
Cette fois, le risque se
double d’une urgence humaine
Car si les combats continuent de s’intensifier, Djibouti pourrait devoir gérer un afflux important de réfugiés, en plus d’une dégradation de son environnement sécuritaire et maritime
La guerre déborde désormais
À Taëz, la guerre chasse les
familles de leurs foyers. À Obock, elles cherchent refuge. Entre les deux, le
Bab el-Mandeb. Un détroit où se croisent désormais l’exil d’un peuple, les
ambitions des Houthis et les intérêts du commerce mondial
Auteur: Meryam GROUM
إرسال تعليق